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The-Little-Prince-by-Antoine-de-Saint-Exupery-Richard-Howard

Extrait➡️

Chapter I:

Once when I was six years old I saw a magnificent picture in a book, called True Stories from Nature, about the primeval forest. It was a picture of a boa constrictor in the act of swallowing an animal. Here is a copy of the drawingIn the book it said: “Boa constrictors swallow their prey whole, without chewing it. After that they are not able to move, and they sleep through the six months that they need for digestion.”I pondered deeply, then, over the adventures of the jungle. And after some work with a coloured pencil I succeeded in making my first drawing. My Drawing Number One. It looked like this:I showed my masterpiece to the grown-ups, and asked them whether the drawing frightened them.But they answered: “Frighten? Why should any one be frightened by a hat?”My drawing was not a picture of a hat. It was a picture of a boa constrictor digesting an elephant.

But since the grown-ups were not able to understand it, I made another drawing: I drew the inside of the boa constrictor, so that the grown-ups could see it clearly. They always need to have things explained. My Drawing Number Two looked like this:The grown-ups’ response, this time, was to advise me to lay aside my drawings of boa constrictors, whether from the inside or the outside, and devote myself instead to geography, history, arithmetic and grammar. That is why, at the age of six, I gave up what might have been a magnificent career as a painter. I had been disheartened by the failure of my Drawing Number One and my Drawing Number Two.

Grown-ups never understand anything by themselves, and it is tiresome for children to be always and forever explaining things to them.So then I chose another profession, and learned to pilot airplanes. I have flown a little over all parts of the world, and it is true that geography has been very useful to me. At a glance I can distinguish China from Arizona. If one gets lost in the night, such knowledge is valuable.In the course of this life I have had a great many encounters with a greatmany people who have been concerned with matters of consequence. Ihave lived a great deal among grown-ups. I have seen them intimately,close at hand.

And that hasn’t much improved my opinion of them.Whenever I met one of them who seemed to me at all clear-sighted, I tried the experiment of showing him my Drawing Number One, which I have always kept. I would try to find out, so, if this was a person of true understanding, But, whoever it was, he or she, would always say: “That is a hat.”Then I would never talk to that person about boa constrictors, or primeval forests, or stars. I would bring myself down to his level. I would talk to him about bridge, and golf, and politics, and neckties. And the grown-up would be greatly pleased to have met such a sensible man.

Chapter II: So I lived my life alone, without anyone that I could really talk to, until I had an accident with my plane in the Desert of Sahara, six years ago. Something was broken in my engine. And as I had with neither a mechanic nor any passengers, I set myself to attempt the difficult repairs all alone. It was a question of life or death for me: I had scarcely enough drinking water to last a week. The first night, then, I went to sleep on the sand, a thousand miles from any human habitation. I was more isolated than a shipwrecked sailor on a raft in the middle of the ocean.



 

حنا مينة 

المؤلف كتاب رواية الدقل لـ حنا مينه والمؤلف لـ 29 كتب أخرى.
روائي سوري ولد في مدينة اللاذقية في 9 اذار 1924. ساهم في تأسيس رابطة الكتاب السوريين واتحاد الكتاب العرب. يعد حنا مينه أحد كبار كتاب الرواية العربية. وتتميز رواياته بالواقعية. البداية الادبية كانت متواضعة، تدرج في كتابة العرائض للحكومة ثم في كتابة المقالات والأخبار الصغيرة للصحف في سوريا ولبنان ثم تطور إلى كتابة المقالات الكبيرة والقصص القصيرة.
أرسل قصصه الأولى إلى الصحف السورية في دمشق بعد استقلال سوريا اخذ يبحث عن عمل وفي عام 1947 استقر به الحال بالعاصمة دمشق وعمل في جريدة الانشاء الدمشقية حتى أصبح رئيس تحريرها .
بدأت حياته الأدبية بكتابة مسرحية دونكيشوتية وللآسف ضاعت من مكتبته فتهيب من الكتابة للمسرح، كتب الروايات والقصص الكثيرة بعد ذلك والتي زادت على 30 رواية أدبية طويلة غير القصص القصيرة منها عدة روايات خصصها للبحر التي عشقة وأحبه، كتب القصص القصيرة في البداية في الاربعينات من القرن العشرين ونشرها في صحف دمشقية كان يراسلها، أولى رواياته الطويلة التي كتبتها كانت ( المصابيح الزرق ) في عام 1954 وتوالت إبداعاته وكتاباته بعد ذلك، ويذكر ان الكثير من روايات حنا مينه تحولت إلى أفلام سينمائية سورية ومسلسلات تلفزيونية. ساهم بشكل كبير في تأسيس اتحاد الكتاب العرب، وفي مؤتمر الاعداد للاتحاد العربي التي عقد في مصيف بلودان في سوريا عام 1956 كان لحنا مينه الدور الواضح في الدعوة إلى ايجاد وإنشاء اتحاد عربي للكتاب، وتم تأسيس اتحاد الكتاب العرب عام 1969 وكان حنا مينا أحد مؤسسيه.
حنا مينا أب لخمسة أولاد، بينهم صبيان، هما سليم، توفي في الخمسينيات، في ظروف النضال والحرمان والشقاء، والآخر سعد، أصغر أولاده، وهو ممثل ناجح ومعروف الآن. شارك في بطولة المسلسل التلفزيوني (نهاية رجل شجاع) المأخوذة عن رواية والده وبالمسلسل الشهير (الجوارح) و(الطير) وشارك في العديد من المسلسلات السورية، ولديه ثلاث بنات: سلوى (طبيبة)، سوسن ( وتحمل شهادة الأدب الفرنسي)، وأمل (مهندسة مدنية) . معظم رواياته تدور حول البحر وأهله، دلالة على تأثره بحياة البحارة أثتاء حياته في اللاذقية.
المصابيح الزرق
الشراع والعاصفة
الياطر
الأبنوسة البيضاء
حكاية بحار
نهاية رجل شجاع
الثلج يأتي من النافذه
الشمس في يوم غائم
بقايا صور
المستنقع
القطاف
الربيع والخريف
حمامة زرقاء في السحب 

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RÉSUMÉ

Tout les sépare. Leur religion, la loi afghane, leur tribu, leurs familles. Pourtant, pour Zakia, la sunnite, et Ali, le chiite, il est impossible de vivre l'un sans l'autre. Ils ont grandi ensemble dans la province de Bâmiyân mais lorsque l'amitié s'est muée en amour, les murs se sont dressés. Ceux de l'honneur et des traditions dictant le refus des pères à leur mariage. Alors les deux amants vont s'enfuir. Une incroyable épopée commence à travers les montagnes de l'Hindou Kouch jusqu'à Kaboul, en passant par le Tadjikistan. Le père et les frères de Zakia à leurs trousses, Ali et Zakia braveront les menaces de mort, avec pour seuls alliés l'avocate d'une ONG, un journaliste américain passionné par cette histoire et surtout leur inébranlable détermination. Comme la Prix Nobel Malala s'est mobilisée pour l'éducation des filles au Pakistan, Zakia et Ali sont devenus les symboles de la liberté et de l'espoir pour la jeunesse afghane. Une histoire palpitante et exemplaire, un hymne à l'amour et au combat pour le droit des femmes dans une région hautement chaotique.


 


RÉSUMÉ

Ghachimat est un village de l'Algérie d'aujourd'hui : on se connaît depuis l'enfance, on se jalouse et on se jauge. On s'affronte en secret pour obtenir la main d'une jeune fille. On déteste ceux qui ont réussi, on méprise ceux qui sont restés dans la misère. On étouffe sous le joug d'une tradition obsolète.

Il suffit du retour au pays d'un enfant fanatisé, pour que les habitants de Ghachimat basculent dans le crime collectif, portés par le ressentiment et la rancœur.

Et c'est ainsi que des garçons bien tranquilles deviennent des tueurs en série...


 


RÉSUMÉ

Lorsqu’une femme claque la porte et s’en va, elle emporte le monde avec elle. Adem l’apprend à ses dépens. Ne supportant pas le vide laissé par le départ de son épouse, l’instituteur abandonne ses élèves et, tel un don Quichotte des temps modernes, livré aux vents contraires de l’errance, quitte tout pour partir sur les chemins. À travers les pérégrinations d’un antihéros mélancolique, flanqué d’une galerie de personnages hors du commun, Yasmina Khadra nous offre une méditation sur la possession et la rupture, le déni et la méprise, et sur la place qu’occupent les femmes dans les mentalités obtuses.


EXTRAIT:

L’avion atterrit. Anne plane encore.
— C’était fantastique, n’est-ce pas ?
Marie range son livre, son iPod et son carnet de notes dans son sac. Ils ne lui
ont été d’aucune utilité ; elle n’a pas pu se concentrer. L’anxiolytique a
transformé sa voisine : Marie a passé le trajet à l’écouter s’extasier sur les
magnifiques nuages, les fabuleux oiseaux, le délicieux café, les somptueuses
ailes de l’avion. Le personnage est plutôt sympathique, et le temps a passé plus
vite, mais par moments elle a été tentée de lui proposer un deuxième comprimé,
histoire de l’envoyer rejoindre Morphée.
Anne frotte ses mains sur ses cuisses. Elle se sent engourdie.
— Merci pour le cachet, dit-elle en souriant béatement.
— Je suis contente si ça vous a aidée.
— Je ne vous ai même pas demandé… Quelle malpolie je fais ! Vous venez à
Marseille pour des vacances ?
— Oui, on peut dire ça…
— Moi aussi. Je pars en croisière. Trois mois sur un paquebot alors que j’ai
le mal de mer, c’est une idée saugrenue, n’est-ce pas ?
Marie se met à rire.
— Je crois qu’on va au même endroit !
— Ah bon ? Vous faites la croisière « Tour du monde en solitaire » ?
— Oui, c’est fou, cette coïncidence !
— C’est vrai, c’est drôle, répond Anne. Le hasard…
— Je vous souhaite un bon voyage alors ! On se croisera peut-être sur le
bateau.
— Bon voyage à vous aussi. J’espère que vous y trouverez ce que vous êtes
venue chercher.
En sortant de l’aéroport de Marseille, Marie prend une longue inspiration.
L’air est le même ici qu’à Paris ; pourtant il y flotte une bonne odeur de liberté.
Son premier réflexe est de plonger la main dans son sac à la recherche de son
téléphone. Elle doit prévenir ses filles qu’elle est bien arrivée à la première
étape. Quelques secondes lui sont nécessaires pour se souvenir qu’elle ne l’a pas
pris. Avec lui, elle aurait eu un fil à la patte et se serait sentie obligée de donner
et prendre des nouvelles. Elle a besoin de déconnecter. En cas d’urgence, ses
filles savent où la joindre. Le reste attendra qu’elle sache quelle direction donner
à sa vie.

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EXTRAIT:

      Je quitte le bloc vers 22 heures. J’ignore combien de personnes sont passées sur ma table d’opération. Chaque fois que j’en finissais avec l’une, les battants du bloc s’écartaient sur un
nouveau chariot. Certaines interventions n’ont pas demandé beaucoup de temps, d’autres m’ont littéralement usé. J’ai des crampes partout, et des fourmillements autour des articulations. Par moments, ma vue s’embrouillait et je me sentais pris de vertige. Ce n’est que lorsqu’un gosse a failli me claquer entre les mains que j’ai jugé raisonnable de céder ma place à un remplaçant. De son côté, Kim a perdu trois patients, les uns après les autres, comme si un sortilège s’amusait à réduire en pièces ses efforts. Elle a quitté la salle 5 en pestant contre elle-même. Je crois qu’elle est montée dans son bureau pleurer les larmes de son corps. D’après Ezra Benhaïm, le nombre de morts est revu à la hausse ; nous en étions à dix-neuf décès – dont onze écoliers qui fêtaient l’anniversaire d’une
camarade dans le fast-food ciblé –, quatre amputations et trente-trois admissions critiques. Une quarantaine de blessés ont été récupérés par leurs proches, d’autres sont rentrés chez eux par leurs propres moyens après les soins d’urgence.
      Dans le hall d’accueil, des parents se rongent les ongles en arpentant la salle d’un pas somnambulique. La majorité ne semble pas réaliser tout à fait l’ampleur de la catastrophe qui vient de la frapper. Une mère éperdue se cramponne à mon bras, les yeux incisifs. « Comment va ma petite fille, docteur ? Est-ce qu’elle va s’en tirer ? »… Un père rapplique ; son fils est en réanimation. Il veut savoir pourquoi l’opération perdure. « Ça fait des heures qu’il est là-dedans. Qu’est-ce que vous êtes en train de lui faire ? » Les infirmières sont harcelées de la même façon. Elles s’escriment tant bien que mal à calmer les esprits en promettant d’obtenir les informations qu’on leur réclame. Une famille m’aperçoit en train de rassurer un vieillard et commence à déferler sur moi. Je dois battre en retraite, prendre par la cour extérieure et contourner entièrement l’immeuble pour me rendre dans mon bureau.


 


EXTRAIT :

Un bruit assourdissant, tel un énorme craquement, figea Tenzin de terreur. Le sol se déroba sous ses pieds. La terre tremblait, se fissurait de toutes parts. Bientôt, un déluge de pierres s'abattit sur lui. Il se coucha sur le sol, à l'abri de la paroi. Cela dura très peu de temps, mais ce fut d'une violence inouïe. Puis la terre cessa de trembler et la pluie de roches finit aussi par s'arrêter. Lorsqu'il fut convaincu qu'il n'y avait plus de danger, Tenzin rampa avec précaution jusqu'à l'entrée de la grotte, qui était presque entièrement bouchée par un amas de pierres. Il fut soulagé de trouver une petite ouverture. Il lui tardait de sortir à l'air libre après un tel cataclysme. Mais il ne vit rien d'autre qu'un immense nuage de poussière noire qui emplit progressivement tout le ciel. Il toussa, car l'air était devenu irrespirable, et il rebroussa chemin.

 


Extrait :
Il n’y avait en tête des premières éditions de cet ouvrage, publié d’abord sans nom d’auteur, que les quelques lignes qu’on va lire : « Il y a deux manières de se rendre compte de l’existence
 e ce livre. Ou il y a eu, en effet, une liasse de papiers jaunes et inégaux sur lesquels on a trouvé, enregistrées une à une, les dernières pensées d’un misérable ; ou il s’est rencontré un homme, un rêveur occupé à observer la nature au profit de l’art, un philosophe, un poète, que sais-je ? dont cette idée a été la fantaisie, qui l’a prise ou plutôt s’est laissé prendre par elle, et n’a pu s’en débarrasser qu’en la jetant dans un livre. »
« De ces deux explications, le lecteur choisira celle qu’il voudra. » Comme on le voit, à l’époque où ce livre fut publié, l’auteur ne jugea pas à propos de dire dès lors toute sa pensée. Il aima mieux attendre qu’elle fût comprise et voir si elle le serait. Elle l’a été. L’auteur aujourd’hui peut démasquer l’idée politique, l’idée sociale, qu’il avait voulu populariser sous cette innocente et candide forme littéraire. Il déclare donc, ou plutôt il avoue hautement que le Dernier Jour d’un Condamné n’est autre chose qu’un plaidoyer, direct ou indirect, comme on voudra....

 


L’Etranger[1] a suscité une grande polémique à cause de l’absence des « indigènes » colonisés dans le paysage d’Alger et du meurtre de « l’Arabe » par Meursault, le personnage narrateur. Un sentiment de gêne peut en effet naître à la lecture de ce roman qui s’inscrit clairement dans la littérature de l’absurde. Pourtant, lors d’un entretien avec Nabil Farès dont le sujet était Jean El Mouhoub Amrouche[2], l’écrivain et psychanalyste algérien nous a affirmé : « Ce roman a été très mal lu. Il ne faut pas se mentir, les choses se passaient ainsi à l’époque ». En effet, L’Etranger n’est pas un livre colonialiste mais le livre qui déclare la mort de la littérature coloniale et ouvre la voie à une autre métaphorique littéraire farouchement anti-coloniale.

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EXTRAIT :

   RÉSUMÉ


« Un jour seulement le pourquoi s’élève et tout commence dans cette lassitude teintée d’étonnement. » L’individu prend alors conscience de l’écoulement du temps, de l’étrangeté du monde, de son hostilité primitive, ainsi que de l’aspect mécanique de ses gestes, et s’aperçoit que tout le monde vit en ignorant la mort. Selon Camus, le même constat peut être fait sur le plan intellectuel : l’homme remarque qu’il est dans un scepticisme absolu quant à la connaissance du monde et de lui-même. Alors, il se demande : « La vie vaut-elle ou non d’être vécue ? » Alors qu’il réfléchit à l’absence de sens de la vie et au caractère insensé de l’agitation quotidienne des hommes, Camus en vient à définir l’absurde : il s’agit de la privation pour l’homme du souvenir d’une patrie perdue ou de l’espoir d’une terre promise. Plus simplement, l’absurde désigne le sentiment d’étrangeté que ressent l’homme par rapport au monde dans lequel il vit. Mais l’absurdité de la vie exige-t-elle qu’on lui échappe par l’espoir ou par le suicide? Camus analyse alors une série de philosophies existentielles qui ont attaqué la raison et se sont tournées vers une pensée religieuse : celles de Martin Heidegger (1889-1976), de Karl Jaspers (1883-1969), de Lev Chestov (1866-1938), de Søren Kierkegaard (1813-1855) et d’Edmund Husserl (1859-1938). L’auteur estime que leur point de départ est bon, mais que ces penseurs procèdent, pour finir, à ce qu’il qualifie de suicide philosophique : il s’agit de la solution de fuite dans le religieux. Pour le philosophe existentialiste Chestov, par exemple, la raison est vaine et il y a quelque chose au-delà : il préconise donc de faire un saut dans l’irrationnel. Or Camus refuse d’en arriver là et d’en appeler à un Dieu qui n’existerait que par la négation de la raison humaine. Selon lui, le fait de chercher une signification à l’existence hors de la condition humaine rend l’homme incapable de comprendre sa liberté, puisque celle-ci lui serait donnée par un être supé- rieur. Plutôt que se tourner vers le religieux, l’auteur recommande la révolte. Celle-ci consiste à maintenir la fracture entre le monde et l’esprit de l’homme par une conscience lucide, toujours en éveil, qui vit l’absurde. C’est la seule position philosophique cohérente. Cette présence constante de l’homme à lui-même, cette conscience toujours tendue, exclut donc le suicide. Confronté à l’absurde, l’homme apprend qu’il n’y a pas de lendemain et qu’il est libre. Ainsi, l’absurde le pousse à réaliser la plus grande quantité d’expériences, tout en lui enseignant que toutes les expériences sont indifférentes. L’absurde a ainsi trois conséquences : la passion, la liberté et la révolte. Par conséquent, Camus privilégie trois sortes d’attitude qui sont des illustrations du mode d’existence qu’il vante :



 Extrait :

1
Élise


L’appartement est exigu, mais bien situé. Le métro se trouve à deux pas, le commissariat à trois rues et l’hôpital à cinq minutes. Seule la gare Montparnasse est un peu loin. J’ai défait tous les cartons, nettoyé les sanitaires, monté les meubles, collé le nom sur la boîte aux lettres, j’attaque l’organisation de la vaisselle en me remémorant le précédent déménagement. C’était un samedi, au mois d’août. Il faisait chaud et, sur la porte de l’ascenseur parfumé à l’urine, le dessin d’un énorme pénis nous saluait. Thomas avait gloussé tout au long de l’ascension vers le quatrième étage, Charline avait regretté de ne pas être allée vivre chez son père. Il avait huit ans, elle douze. Avant même de monter les meubles, j’avais décoré leurs chambres. De jolies couleurs aux murs pour étouffer le traumatisme du divorce. Thomas avait choisi un papier peint parsemé de vaisseaux spatiaux, Charline avait opté pour une peinture parme. Le vendeur du magasin de bricolage nous avait mis en garde : afin d’éviter les inhalations d’émanations toxiques, il fallait bien aérer les pièces pendant au moins quarante-huit heures et, si possible, ne pas y dormir. Nous avions donc passé deux nuits sur nos matelas posés à même le sol de notre nouveau salon. Mon fils lové dans le bras gauche, ma fille blottie dans le bras droit. Ce camping improvisé figure parmi mes souvenirs préférés. Je range les assiettes lorsque Thomas apparaît dans l’encadrement de la porte. Sa tête touche presque le haut.
– Mam, t’as pas vu mon chargeur ?
– Posé sur le frigo. Tu n’as pas faim ?
– Un peu, fait-il en haussant les épaules

 


EXTRAIT:

Les femmes s’étaient installées dans un coin du patio, autour d’une table basse.
Elles buvaient du thé en se dorant au soleil. Ma mère était parmi elles, réservée,
Zahra sur les bras. Elle avait fini par se joindre au groupe sans toutefois prendre part
aux discussions. Elle était timide et souvent, quand Badra se lançait dans ses histoires
salaces, ma mère rougissait en suffoquant de gêne. Cet après-midi, on sautait du coq
à l’âne, juste pour lutter contre la chaleur qui étuvait la cour. Yezza la rousse arborait
un œil au beurre noir ; son mari était encore rentré ivre la veille. Les autres faisaient
comme si de rien n’était. Par décence. Yezza était fière ; elle endurait les lâchetés de
son mari avec dignité.
— Je fais un drôle de rêve, depuis quelques nuits, dit Mama à Batoul la voyante. Le
même rêve : je suis dans le noir, étendue sur le ventre, et quelqu’un me plante un
couteau dans le dos.
Les femmes se retournèrent vers Batoul, guettant l’interprétation. La voyante
ébaucha une moue, se gratta les cheveux ; elle ne voyait rien.
— Le même rêve, dis-tu ?
— Exactement le même.
— Tu es étendue sur le ventre, dans le noir, et quelqu’un te poignarde dans le dos ?
demanda Badra.
— Tout à fait, confirma Mama.
— Tu es sûre que c’est bien d’un couteau qu’il s’agit ? lui fit encore Badra en
roulant des yeux amusés.
Les femmes mirent quelques secondes à déchiffrer les insinuations de Badra avant
d’éclater de rire. Comme Mama ne comprenait pas ce qui faisait se marrer ses
compagnes, Badra l’aida un peu :
— Tu devrais dire à ton mari d’y aller mollo.
— Ce que tu peux être obsédée, toi ! s’énerva Mama. Je suis sérieuse, voyons.
— Et moi aussi, figure-toi.
Les femmes repartirent de plus belle, la bouche grande ouverte sur des
hennissements spasmodiques. Mama les bouda un instant, écœurée par leur manque
de retenue, mais, les voyant pliées en deux, elle se mit à sourire à son tour, puis à
rigoler par petits hoquets.
Seule Hadda ne riait pas. Elle était recroquevillée sur elle-même, toute menue
mais belle à ravir, avec ses grands yeux de sirène et ses jolies fossettes dans les joues.
Elle semblait triste et n’avait rien dit depuis qu’elle avait pris place au milieu des
autres. Soudain, elle tendit le bras par-dessus la table basse et présenta le plat de sa
main à Batoul.
— Dis-moi ce que tu vois ?


Résumé 

La théorie du roman du savant russe Mikhaïl Bakhtine (1895 – 1975) représente, d'après la plupart des spécialistes, l'analyse la plus profonde jamais réalisée sur l'évolution du genre depuis sa naissance dans l'Antiquité (Bakhtine dixit) jusqu'à nos jours. Toutefois, la puissance de la pensée de Bakhtine et son extraordinaire érudition ne l'empêchèrent pas de tomber dans le proton pseudos qui fragilise sa théorie: l'amalgame entre "littérature narrative"et la forme "roman", celui-ci n'étant qu'un genre de la narrative, genre connu comme tel seulement à partir du 12e siècle. C'est ce proton pseudos (souvent présent au départ des grandes théories scientifiques et philosophiques, presque comme un témoin occulte de réfutabilité et donc, de scientificité), qui ouvre la voie à une autre vision de la littérature et à la définition d'un nouveau genre narratif post-romanesque – l'intertexte – dont la gestation est directement tributaire de la "révolution cybernétique".

 

 


Je rêve que chacun puisse prendre la mesure
de ses talents et la responsabilité de son bonheur.
Car il n’est rien de plus important que de vivre
une vie à la hauteur de ses rêves d’enfant…
Belle route,
Raphaëlle.